6 août 1945 – 8 h 15

J’ai arpenté les rues d’Hiroshima en juillet 2025, à quelques jours de la commémoration du 80ème anniversaire de son bombardement par la première bombe atomique de l’histoire. Ces quelques lignes constituent mon hommage personnel aux traumatisés d’Hiroshima et à leurs descendants.

6 août 1945 – 8 h 15
À 600 mètres au-dessus du sol d’Hiroshima, la bombe atomique Little Boy explose, libérant une énergie jamais ressentie jusqu’alors sur terre. La clarté qui en résulte, extraordinairement limpide, diffuse un rayonnement de 4 000 °C qui se répand sur cette ville de près de 350 000 habitants. Les instants suivants constituent des scènes d’apocalypse : dans les rues dévastées, des corps dont les chaires en lambeaux laissent voir les os, des yeux qui sortent de leur orbite, des membres amputés, des corps brûlés. La plupart sont morts – 80 000 morts instantanées. Les survivants crient de douleur, supplient qu’on leur apporte à boire ou qu’on mette fin à leurs souffrances. Les incendies se déclarent en chaînes dans les décombres. Et les pluies acides, cruellement meurtrières sous leurs airs angéliques, trouent ce qui leur reste de vêtements et tuent ceux qui pensent apaiser leur soif.

Ces scènes, je ne les ai pas inventées. Comment avoir autant d’imagination ? Elles sont issues des photos, des témoignages écrits, dessinés et filmés de ceux qui ont survécu à la journée du 6 août 1945 à Hiroshima.

Aujourd’hui Hiroshima est une ville japonaise apparemment comme les autres, affichant dynamisme, civilité et accueil. Pourtant, en son sein elle abrite ce qu’aucune autre ne possède : les vestiges du jour où l’humanité a prouvé qu’elle était capable de s’autodétruire.

Les ruines du dôme de Genbaku, emblème de cette funeste journée, sont là pour nous le rappeler. Si le Parc du Mémorial de la Paix, enlacé par la rivière Ota, abrite des monuments commémoratifs, c’est au musée de la Paix qu’il faut se perdre pour tenter d’approcher ce qui s’est vécu le 6 août 1945.

Du hall dont les hautes baies vitrées ouvrent sur le parc, on monte par un escalator vers la première salle. On suit la foule, à petits pas, les uns derrière les autres – « à la japonaise ». Plongé dans la pénombre, on découvre des objets calcinés, des vêtements en lambeaux, des gamelles dont le contenu a été réduit en cendres et resté intact depuis presque 80 ans, des dessins qui laissent entrevoir les traumatismes, des photos dont la froide objectivité rend d’autant plus violent ce qu’elles donnent à voir. Le silence s’impose. Les parcours des visiteurs s’individualisent. Chacun adopte le rythme qui lui permet de supporter les faits. Dans la salle dédiée aux témoignages, l’émotion est palpable. Ça et là, les nez reniflent. Fin de la visite. On débouche sur un couloir baigné de lumière. Vive, elle tire les esprits de la torpeur dans laquelle ils ont été embarqués pendant quelques heures, presque à leur insu. La sortie dans le Parc de la Paix offre un sas de décompression avant le retour à la réalité de la ville en 2025.

Sur les routes du Japon, Hiroshima ne laisse pas indemne.

Photo : horloge murale – musée du Mémorial de la Paix de Hiroshima

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