C’est un éventail en papier et bambou. Il a miraculeusement survécu aux années et aux tris impitoyables qui précèdent les déménagements. Il m’a été offert lorsque j’étais enfant.
C’est un éventail japonais. Ou du moins, qui a été ramené par mon père d’un de ses voyages d’affaires au Japon. Dans la valise, il côtoyait quelques objets électroniques, en particulier, ce réveil de forme pyramidale. En appuyant sur son sommet, une voix donnait l’heure dans un anglais japonisant qui nous faisaient pouffer de rire, mes sœurs et moi. Cet éventail et ce réveil m’ouvraient les portes d’un Orient que les Japonais ont inventé, un Orient qui se projette vers l’avenir sans renier ses traditions.
C’est un objet promotionnel. Le tampon de la compagnie aérienne nationale japonaise y occupe une bonne place sur sa face arrière, celle qui n’est pas décorée. Je ne l’ai remarqué que bien des années plus tard. Mais qu’importe, cet objet c’est d’abord un cadeau de mon père. Et cela suffisait à en constituer toute sa valeur.
C’est un éventail de carton. Il n’a jamais servi et a passé sa vie dans des boîtes de rangement. Pourtant, dans chaque logement où j’ai vécu, je savais exactement où le trouver. Lorsque je croisais son chemin, je l’ouvrais pour admirer le vol des grues japonaises, oiseaux de la paix.
C’est un éventail du souvenir. Il me suit naturellement, discrètement, sans qu’il soit besoin de tergiverser sur le fait de le garder ou pas. C’est peut-être pour tout cela qu’aujourd’hui, l’éventail aux grues japonaises orne mon bureau.



